L'appel d'Arusha à l'action sur les pesticides

L'appel d'Arusha à l'action sur les pesticides
Conférence interdisciplinaire “Pesticides et Politique(s) en Afrique”
Institut de recherche sur les pesticides en zone tropicale (TPRI), Arusha, Tanzanie
28 – 31 mai 2019
Reconnaissant que la protection offerte par les équipements de protection individuelle (EPI)
dans des conditions réelles d'utilisation est insuffisante pour que les pesticides puissent être
utilisés en toute sécurité, et ce même par des utilisateurs responsables et formés ;
Vivement préoccupés par l’essor en Afrique des maladies non-transmissibles connues pour
être liées à une exposition chronique aux pesticides (comme par exemple les cancers, les
maladies neurologiques, les troubles cognitifs et neuro-développementaux, les troubles de
la reproduction, les maladies cardiovasculaires, le diabète, les troubles de l'attention chez
les enfants) ;
Conscients du lourd fardeau lié aux intoxications aiguës aux pesticides – y compris par
ingestion volontaire suite à des intentions de suicide ;
Sérieusement préoccupés par la contamination persistante des sols, de l'eau, de l'air et des
produits alimentaires, ainsi que par les dommages collatéraux subis par les organismes non
cibles ;
Prenant acte de la demande des consommateurs pour une alimentation saine et sans
danger ;
Reconnaissant l'inadéquation des réglementations, l’échec quasi-généralisé de leur
application, le coût élevé des contrôles et la difficulté de gérer les flux de produits aux
frontières ;
Reconnaissant les coûts économiques énormes des dégâts collatéraux que fait peser
l'utilisation des pesticides sur la santé publique et sur l'environnement ;
Nous, participants à la conférence “Pesticides et Politique(s) en Afrique”, concluons que,
dans les conditions réelles d'utilisation, les pesticides ne peuvent être employés de manière
sécurisée.
Reconnaissant le rôle joué par les organisations paysannes, les organisations non
gouvernementales et les organisations de la société civile dans la lutte contre les dangers
liés à l'utilisation des pesticides et dans la recherche d'alternatives aux pesticides de
synthèse ;
Conscients que l'utilisation des pesticides entraîne de graves violations des droits de
l'homme, qui affectent particulièrement les communautés vulnérables, telles que les petits
exploitants, les femmes, les enfants et les personnes âgées ;
Réalisant le potentiel de l’agroécologie pour promouvoir la justice environnementale et
sociale, la dignité humaine, la résilience et la lutte contre la pauvreté ;
Nous appelons la Commission de l'Union africaine, la Conférence des chefs d'État de l'Union
africaine, les Conférences des ministres de l'Agriculture et de la Santé de l'Union africaine,
les organisations internationales (organisations des Nations unies, Banque mondiale, FMI) et
les fabricants de pesticides à agir pour protéger l'environnement et la santé humaine des
effets délétères des pesticides de synthèse. Cela implique notamment qu’il faut :
1. interdire immédiatement les pesticides extrêmement dangereux (en application des 8
critères édictés par la réunion FAO/OMS sur la gestion conjointe des pesticides) pour
lesquels il a été prouvé qu’ils contribuent aux maladies non-transmissibles et aux
troubles de la reproduction ;
2. rendre publiquement accessibles toutes les informations sur la toxicité des pesticides
pour la santé humaine et les écosystèmes, ainsi que les données sur les résidus de
pesticides dans les produits alimentaires et dans l'environnement ;
3. mettre en place des systèmes opérationnels de surveillance des intoxications aiguës et
chroniques aux pesticides, ainsi qu’un suivi de la contamination environnementale et
des résidus de pesticides dans les aliments, y compris à travers la création de
laboratoires certifiés ;
4. former les prestataires de soins de santé à la prise en charge des intoxications aux
pesticides ;
5. assurer une coopération interministérielle effective visant à prévenir les intoxications
aux pesticides ;
6. harmoniser les systèmes réglementaires en Afrique et assurer la mise en oeuvre
effective des conventions, accords et protocoles internationaux relatifs aux pesticides
dont les destinataires de cet Appel sont signataires ;
7. assurer la mise en oeuvre et l’application stricte de la réglementation existante sur les
pesticides et la surveillance de ses effets ;
8. rendre les producteurs, importateurs et promoteurs de pesticides responsables des
effets de leurs produits sur la santé humaine et sur l'environnement, et les obliger à
mettre en place un système de collecte des contenants vides de pesticides, grâce à des
mécanismes incitatifs ;
9. supprimer progressivement les subventions et régimes fiscaux favorisant l'utilisation
des pesticides ;
10. promouvoir la production agroécologique, y compris par la formation et la
vulgarisation, ainsi que la recherche d'alternatives aux pesticides de synthèse dans la
lutte contre les nuisibles, avec l'appui de laboratoires accrédités et un soutien direct
apporté aux agriculteurs à l’utilisation d'alternatives mécaniques.
Toutes ces mesures contribueront à la protection du droit des populations africaines à la
dignité, à la justice sociale et environnementale et conforteront leur droit de vivre dans un
environnement sûr.